Roche de haute température partiellement fondue et déformée, produite en profondeur dans les zones de collision.

© IRD – Dominique Chardon

Afrique de l’Ouest : quand deux continents entraient en collision

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Mis à jour le 07.06.2022

Il y a deux milliards d’années, la chaîne de montagne éburnéenne, qui s’étend du Niger à la Côte d’Ivoire, est entrée en collision avec le « continent de Man », comme l’appelle le géologue Dominique Chardon. Un territoire occupant l’actuelle Guinée et le Sierra Leone. Cet affrontement de deux masses continentales a permis la consolidation du noyau qui forme aujourd’hui l’Afrique de l’Ouest : le cratonBloc ancien de croûte continentale préservé depuis au moins 500 millions d’années. ouest africain. Il a également généré un important flux de chaleur et de magma du manteau profond vers la zone de collision entre les deux plaques. « Le délitement du continent de Man sous la zone d’affrontement a généré un appel de matière dans le manteau sous-jacent, explique le chercheur de l'UMR GET. Les magmas et autres fluides du manteau ont donc pu s’immiscer dans l’espace qui s’est ouvert entre les deux plaques continentales. »

 

Modèle en coupe de la collision entre la chaîne de montagnes éburnéenne et le continent de Man, il y a 2 milliards d’années. Le magma et les fluides du manteau sont aspirés vers la zone de collision (flèche rouge) suite au détachement d’une partie du continent de Man et à son enfoncement dans le manteau. Crédit : K.Traore et al.

 

 

L’apport de ces fluides profonds et chauds a augmenté la ductilitéCapacité d'un matériau à se déformer plastiquement sans se rompre. des roches dans la zone de collision qui se sont de fait intensément déformées. L’introduction de cette matière riche en métaux originaires du manteau expliquerait également le piégeage de ressources minérales dans la zone de collision. L’étude, réalisée par des chercheurs maliens, français et burkinabè, dont le premier auteur Kalidou Traoré, de la jeune équipe associée à l'IRD (JEAI) FasoLith (Géodynamique intégrée d’une portion de lithosphère cratonique), ouvre des perspectives nouvelles pour les États ouest-africains. Appréhender les processus qui contrôlent la localisation des géoressources à grande échelle les aiderait en effet à mieux connaitre et à maîtriser leur sous-sol de manière durable.  

Cette étude se base par ailleurs sur l’utilisation de données publiques, traitées à l’aide de logiciels libres tel que GoogleEarth et QGis, un système d'information géographique libre et open source. Ces outils performants et peu coûteux permettent de mener au Sud des recherches innovantes sur la formation des continents et la genèse des géoressources.