Bouées prêtes à être mises à l’eau

Bouées prêtes à être mises à l’eau

© NOAA / PMEL

20 ans au milieu de l'Atlantique tropical

Le réseau d'observation PIRATA ausculte l'Atlantique tropical depuis deux décennies. Ses bouées fournissent des données irremplaçables pour alimenter les modèles de prévision météorologique et pour étudier l’océan et le climat. Il contribue aussi à comprendre l’absorption du CO2 par la mer.

 

L’Atlantique n’a qu’à bien se tenir ! Depuis 20 ans maintenant, sa partie tropicale est sous la surveillance permanente d’un réseau de bouées météo-océaniques. "S’étendant dans le temps long et sur un terrain lointain, ce programme d’observation in situ est un exemple en matière de coopération scientifique internationale", explique l’océanographe Bernard Bourlès de l’IRD, à l’occasion de sa réunion annuelle,  organisée pour cet anniversaire à Fortaleza où il fut imaginé?4-10 novembre 2017, Fortaleza, Brésil. Cet observatoire nommé PIRATA?Prediction and Research Moored Array in the Tropical Atlantic  compte 18 bouées et lie depuis 1997 des organismes de recherche des USA?NOAA (National Oceanic & Atmospheric Administration), du Brésil?INPD (Instituto Nacional de Pesquisas Espaciais) et de France?IRD, Météo-France. Ceux-ci veillent respectivement à la maintenance de 4, 8 et 6 bouées, mouillées entre les côtes américaines et africaines. Concrètement, ces opérations ont lieu annuellement, au cours de campagnes océanographiques menées par chacun des pays partenaires.

Mise à l’eau d’une bouée au milieu de l’Atlantique tropical

Mise à l’eau d’une bouée au milieu de l’Atlantique tropical

© IRD / B. Bourlès

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Modèles et prévisions météorologiques

Ancrées au fond de l’océan, ces bouées sont bardées de capteurs. Elles mesurent et télétransmettent en temps réel de nombreux paramètres marins et atmosphériques, comme la température et la salinité de l’eau à différentes profondeurs, la force et la direction des vents, les précipitations, l’ensoleillement ou la pression atmosphérique.  "Les données transmises sont directement exploitées pour alimenter les modèles météorologiques et océaniques", indique le spécialiste. Le dernier cyclone Irma a ainsi été enregistré heure par heure, permettant une analyse très fine de son passage sur certaines bouées. Ces informations devraient contribuer à améliorer les prévisions de tels événements. Les mesures servent aussi aux prévisions saisonnières, comme celles de la mousson africaine.

  

Recherche climatique fondamentale

Au-delà de ces aspects opérationnels, le réseau PIRATA participe activement à la recherche fondamentale sur le climat. "Les données permettent notamment d’analyser l’influence des variations de la salinité sur les échanges entre océan et atmosphère dans l’Atlantique tropical", rapporte le chercheur. En effet, cette zone, aux eaux naturellement riches en sel, reçoit beaucoup d’eau douce venue à la fois des fleuves Congo et Amazone, et des abondantes précipitations sous le "pot-au-noir" bien connu des navigateurs. Ces variations de salinité influent sur la température de la mer et, ce faisant, conditionnent certains processus à l’origine de la formation des nuages. "Pour mieux les comprendre,  il est désormais nécessaire d’observer ces phénomènes à des échelles beaucoup plus fines, de l’ordre du millimètre au plan vertical et du centième de seconde dans le temps", précise-t-il. Cela permettra de mieux connaître et modéliser les mécanismes à l’œuvre et, à terme, d’améliorer les modèles et les prévisions climatiques.

 

CO2, oxygène et écosystèmes

Le rôle de l’océan est fondamental dans le cycle du carbone atmosphérique. "Les eaux froides des hautes latitudes l’absorbent mais, à l’inverse, celles des tropiques le rejettent", explique Bernard Bourlès. Pour alimenter les recherches sur le sujet et établir le bilan carbone de l’Atlantique tropical, des bouées du réseau Pirata sont désormais équipées de capteurs de CO2. De même, certaines embarquent des capteurs spécifiques pour  étudier les zones de minimum d’oxygène, situées entre 200 et 500 mètres de profondeur. Enfin à l’avenir, l’installation des capteurs de pH et de sels nutritifs dissous pourrait permettre de renseigner des recherches sur l’acidité de l’océan et sur ses écosystèmes.

   

Un dispositif à conforter

Si la réunion de Fortaleza a permis de présenter de nombreux travaux de recherche s’appuyant sur les données collectées par PIRATA, elle a également été l’occasion de réfléchir au futur de ce programme. "Ce dispositif performant est à maintenir et à conforter" a ainsi affirmé Jean-Paul Moatti,  le PDG de l’IRD venu participer à cette séquence de réflexion. Pirata complète en effet très utilement les données collectées par voie satellitaire. Il permet d’affiner les prévisions météorologiques et de "caler" les modèles climatiques océaniques voire biologiques élaborés dans les laboratoires. Pirata n’a pas fini sa mission, plus que jamais ce programme devra contribuer à répondre au défi climatique qui sera au cœur du One Planet Summit de Paris le 12 décembre !


Contact : bernard.bourles@ird.fr