Aedes aegypti profite des engrais pour se développer plus vite.

© IRD/N. Rahola

Des engrais bénéfiques… pour les moustiques

Mis à jour le 19.02.2019

L’épandage d’engrais favorise la multiplication des moustiques, notamment dans les rizières et les cultures vivrières. L'usage concomitant d'insecticides accroît le risque de résistance. De nouvelles stratégies de lutte contre ces insectes vecteurs de maladie s'imposent.  

Et si le recours aux engrais favorisait la pullulation des moustiques ? Une étude menée sur deux espèces, Anopheles gambiae  et Aedes aegypti  vient d’en faire la démonstration 1. « Dans les environnements domestiques ainsi que dans les rizières et les cultures maraîchères qui se développent en zones rurales et péri-urbaines, il est souvent constaté un pic de densité des larves de moustiques quelques jours après l’épandage d’engrais , explique l’entomologiste médical Frédéric Darriet. Nous avons donc comparé en laboratoire la croissance de  A. gambiae et A. aegypti dans des gîtes artificiels avec ou sans engrais.  »

Des gîtes nourriciers

Résultat ? Les femelles, lorsqu’elles cherchent une collection d’eau pour pondre leurs œufs, sont attirées par les principaux composants des fertilisants : l’azote, le phosphore et le potassium. Ces derniers favorisent en effet le développement des algues, champignons et bactéries dont se nourrissent les larves de moustiques.« Les femelles préfèrent donc pondre dans les  gîtes avec engrais. Dans ces espaces, leur taux de survie est deux à trois fois plus important que dans les gîtes sans fertilisant  », enchaîne le chercheur. 

 

Autre constat majeur de l’étude : la vitesse de croissance des larves est deux à quatre fois plus rapide dans les gîtes contenant de l’engrais. Ce deuxième résultat est des plus inquiétants car si la larve grandit plus vite, elle devient adulte – et peut se reproduire - avant que le gîte ne s’assèche. L’ajout d’engrais fait ainsi partie des facteurs à l’origine de la pullulation des moustiques. Il expliquerait également l’extension du paludisme, dont les anophèles sont vecteurs, dans des régions qui n’étaient pas touchées auparavant. « À Madagascar, la région des Hauts-Plateaux était par exemple préservée de cette maladie,  poursuit Frédéric Darriet. Après l’implantation des premières rizières au XVIIe siècle, les zones irriguées se sont développées, ainsi que l’épandage d’engrais. Le paludisme a fait son apparition un siècle plus tard.  »

Prospection de gîtes larvaires dans les rizières

© IRD/Thierry Baldet

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Lutter avec de nouveaux insecticides

Comment combattre cette prolifération engendrée par les engrais, et néfaste d’un point de vue sanitaire ? En intégrant des insecticides aux fertilisants ? De fait, les agriculteurs ont déjà recours à ce type de produits pour lutter contre les ravageurs qui mettent en péril leurs cultures. Mais en étant confrontées aussi précocement aux insecticides, les larves de moustiques développent une résistance grandissante à leur encontre et atteignent malgré tout l’âge adulte. « Nous devons proposer aux riziculteurs des insecticides de nouvelle génération auxquels les moustiques ne sont pas encore résistants,  estime Frédéric Darriet. Ils permettraient de lutter à la fois contre les moustiques vecteurs de pathogènes à l’homme et les ravageurs des cultures.  » 


Note :

1.  Darriet F.  Synergistic Effect of Fertilizer and Plant Material Combinations on the Development of Aedes aegypti (Diptera: Culicidae) and Anopheles gambiae (Diptera: Culicidae) Mosquitoes, Journal of Medical Entomology, 22 décembre 2017 ; doi: 10.1093/jme/tjx231


Contact : Frédéric Darriet