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Des femmes indiennes s’organisent pour leurs droits au sein d’associations paysannes

© IRD/ O. Barbary

Économie sociale et solidaire contre inégalités de genre

Mis à jour le 14.02.2019

L’économie sociale et solidaire est parfois considérée comme un instrument pour surmonter les discriminations faites aux femmes autour de l’accès au travail rémunéré. Une conférence scientifique présente les résultats sur ce sujet des travaux de 6 équipes  en Amérique latine et en Inde.

L’économie sociale et solidaire permet-elle de lutter contre les inégalités de genre ? La question est au centre d’un projet de recherche 1, mené par 6 équipes en Amérique latine et en Inde, et dont les résultats viennent d’être présentés lors d’une conférence scientifique 2. « Elle constitue une piste intéressante, là où la non-rémunération du travail des femmes induit de fortes discriminations économiques, sociales et politiques  », explique  Isabelle Hillenkamp, socio-économiste à l’IRD, membre de deux de ces équipes.

Depuis quelques années, certains indicateurs de genre progressent dans le monde, comme l’accès des filles et des femmes à l’éducation et aux soins. Pourtant, les discriminations et les violences dont elles sont victimes perdurent. Cette persistance s’enracine en particulier autour de leur difficulté à accéder à la sphère du travail productif et de leur surreprésentation dans la sphère du travail reproductif.

Travail productif et reproductif

La première désigne les activités rémunérées - le salariat, l’artisanat ou l’agriculture de rentes - et s’accompagne du statut de travailleur, avec tous les droits sociaux et politiques afférents. Quant au travail reproductif, très majoritairement dévolue aux femmes, il correspond aux activités non valorisées monétairement mais indispensables à la perpétuation de la force de travail : les travaux domestiques, les cultures vivrières, la logistique du foyer ou l’éducation des enfants...

Des femmes brésiliennes se sont regroupées pour valoriser leur propre production agroécologique.

© Carla Vitória, SOF

Bloc de texte

« La situation est assez représentative de cet état de fait, dans la région de Vale do Ribeira au Brésil, où je mène des travaux auprès de communautés rurales se livrant à une agriculture commerciale et vivrière diversifiée , explique la chercheuse. La plus grande partie du travail réalisé par les femmes a lieu dans la sphère reproductive ». Ces activités de culture potagère et de petit élevage autour de la maison, toutes essentielles pour nourrir leur famille, ne bénéficient d’aucune reconnaissance sociale. Mais, avec l’aide d’une ONG féministe, certaines femmes ont su s’organiser pour valoriser leur production excédentaire, en fondant un réseau pour approvisionner des consommateurs urbains en produits de la terre. « Sans faire d’elles des agricultrices reconnues à l’égal de leurs maris, cette initiative leur confère une autonomie économique inédite, rend visible leur travail et forge de solides liens de solidarité entre elles  », note la chercheuse.

Préservation des ressources et mobilisations féminines

En Inde, des femmes parmi les plus défavorisées se sont organisées au sein d’une association paysanne, pour lutter contre l’extraction de sable de construction. Cette activité illégale, orchestrée par  des entrepreneurs très puissants, menace la pérennité de leur agriculture vivrière et peut les contraindre à l’exode rural. « La préservation des ressources essentielles, ici les terres agricoles et ailleurs l’accès à l’eau, est un ressort récurrent des mobilisations féminines , estime la socio-économiste Isabelle Guérin, à l’origine des recherches menées en Inde. Sans bouleverser l’ordre des dominations, elles sont parvenues dans ce cas à limiter pour un temps la menace  ».

Pour encourageants qu’ils soient, ces exemples ne doivent pas masquer les limites de l’économie sociale et solidaire à faire changer les rapports de genre. Ainsi, les initiatives prescrites de l’extérieur achoppent souvent. Ce n’est donc pas un système transposable à la demande. « L’économie sociale et solidaire peut aussi se transformer en une économie de seconde zone dédiée aux femmes, formalisant leur relégation à la sphère reproductive et, ce faisant, leur subordination sociale  », estime Isabelle Hillenkamp. Les transformations en la matière sont plus affaire d’évolutions très progressives et d’organisations que de bouleversement...  

 


Vidéo :
Présentation des initiatives d'économie sociale et solidaire étudiées dans le cadre du projet Feminist analysis of social and solidarity economy practices: views from Latin America and India

 

Notes :
1. «  Feminist analysis of social and solidarity economy practices: views from Latin America and India », financé par le Swiss Network for International Studies
2. «  Bubbling up. Solidarities, Feminisms and Social Reproduction  », Genève, IHEID, mai 2018