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L'usage des deux roues a explosé à Ouagadougou

© INSS/CNRST / A. Nikiema

La sécurité routière à l’épreuve des données

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Mis à jour le 18.02.2019

Au Burkina Faso, comme dans toute l’Afrique, les traumatismes liés aux accidents de la route sont  un problème de santé publique souvent négligé. De nouveaux outils de géolocalisation et de suivi des accidentés pourraient permettre d’élaborer des leviers d’action et de prévention.

 

« Les accidents de la route sont la première cause de mortalité des 15-29 ans dans le monde, rappelle le géographe Emmanuel Bonnet. Mais en Afrique, ce sujet de santé publique est peu pris en compte. Les données collectées sur les accidents sont rares et peu fiables. » A Ouagadougou, les statistiques de la police nationale et des pompiers coïncident rarement. En l’absence de base de données sérieuse, développer des actions de prévention  est difficilement envisageable. « Pour collecter des informations, nous avons expérimenté un système de surveillance des accidents avec sept unités de police nationale 1, poursuit le chercheur. De février à juillet 2015, les policiers ont utilisé un géotraceur et des rapports écrits pour apporter des informations sur la géolocalisation de l’accident, l’âge, le sexe des accidentés et le type de véhicule impliqué. Sur les 2 752 interventions de la police,  1 338 personnes ont été blessées et 25 sont décédées. Ces données ont permis d’établir une carte des « points noirs » des accidents à Ouagadougou. »

Les infrastructures routières sont inadaptées aux usages

© INSS/CNRST / A. Nikiema

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Cette carte révèle la localisation des accidents qui ont lieu en majorité dans des quartiers denses (lieux administratifs, marchés, zones industrielles) et sur les axes de sortie et de contournement de la ville. Les conducteurs des deux-roues, 86 % des blessés, sont les principales victimes. Ils sont surtout de jeunes hommes qui proviennent des quartiers populaires péri-urbains de Ouagadougou. Plus nombreux que les femmes à circuler, ils sont aussi peut-être plus indisciplinés. Mais au-delà de ces comportements individuels à risque (absence de port du casque, méconnaissance du Code de la route), ce constat révèle des infrastructures routières inadaptées à l’explosion du nombre de deux-roues. La rareté des transports en commun impose à ces jeunes conducteurs de longs trajets pour se rendre à leur travail et les expose davantage aux risques routiers. « Les piétons, 6 % des blessés, sont aussi victimes de la circulation, remarque la géographe Aude Nikiema. Les passages piétons sont pratiquement inexistants ou ne sont pas respectés lorsqu’ils existent. Il est très difficile de traverser les routes. De manière générale, les aménagements de la ville sont porteurs de risques pour ces usagers vulnérables (moto, vélo, piéton).»

Cette fragilité est renforcée par les difficultés d’accès aux soins. Les chercheurs ont suivi le parcours des victimes des accidents au service des urgences du CHU de Ouagadougou à travers une enquête téléphonique, à l’admission aux urgences, 7 et 30 jours après leur entrée  à l’hôpital. « De nombreux blessés tentent de sortir rapidement de l’hôpital car les soins sont payants : les soins représentent un coût moyen de 150 000 francs CFA, soit 5 fois le salaire mensuel moyen d’un Burkinabé, explique Emmanuel Bonnet. Parmi les patients qui suivent des soins en dehors de l’hôpital, un tiers se rend chez un tradi-praticien alors qu’il n’y reçoit pas toujours des soins adaptés pour des traumatismes. Certains reviennent aux urgences un an après leur accident car ils n’ont pas été soignés correctement. »

Face à l’exposition inégalitaire aux risques et aux difficultés d’accès aux soins, ces données constituent un élément essentiel dans la prévention et l’amélioration de la sécurité routière au Burkina Faso mais aussi ailleurs en Afrique. La police malienne et les sapeurs-pompiers expérimentent actuellement le même système avec la géolocalisation des accidents à Bamako. La prochaine étape consistera à étudier les axes routiers Abidjan-Bamako et Abidjan-Ouagadougou.  « Après la présentation de ces résultats, les équipes de policiers ont été renforcées dans les zones accidentogènes notamment dans les croisements où les feux ne sont pas respectés, souligne Aude Nikiema. En termes d’aménagement, les responsables doivent prendre conscience que les routes anciennes et étroites doivent être adaptées face à la massification de l’usage des deux-roues. Enfin, des informations précises sur les traumatismes permettent d’informer la population des dangers de la route et de mieux les en prévenir. »


Note :
1. Emmanuel Bonnet, Aude Nikiéma, Zoumana Traoré, Salifou Sidbega et Valéry Ridde. Technological solutions for an effective health surveillance system for road traffic crashes in Burkina Faso, Global Health Action, 2017.


Contacts : emmanuel.bonnet@ird.fr / nikiaude@yahoo.fr