Les raphias poussent dans les milieux marécageux, comme dans la région d'Oyem au Gabon

Les raphias poussent dans les milieux marécageux, comme dans la région d'Oyem au Gabon

© IRD / Thomas Couvreur

Les raphias africains à Shenzhen

Mis à jour le 20.05.2019

Les recherches sur les palmiers raphias sont au centre des travaux présentés par l'IRD au Congrès International de Botanique de Shenzhen, en Chine. Des avancées significatives viennent d’être faites sur la connaissance de leur taxonomie et de leurs multiples usages en Afrique.

Vin de palme, vers comestibles, toitures végétales ou mobilier artisanal, nombre de techniques et de produits typiquement africains ont été évoqués fin juillet à Shenzhen. Il ne s’agit en rien d’une foire commerciale, où les producteurs chinois viendraient puiser l’inspiration, mais du Congrès International de Botanique (1), où l’IRD présentait ses travaux sur le palmier raphia, sa taxonomie et ses multiples usages. Cette manifestation, qui a lieu tous les six ans, est l’événement scientifique majeur de la discipline. Plus de 6000 spécialistes des végétaux étaient ainsi mobilisés cette année dans la grande ville portuaire du sud de la Chine, non loin de Hong Kong. Ils viennent partager leurs récentes découvertes autour des plantes.

"Nos recherches sur les palmiers raphias africains s’inscrivent directement dans l’esprit actuel de la discipline, tourné à la fois vers les connaissances sur les plantes elles mêmes, mais aussi vers leur préservation et leur place dans les us et coutumes des sociétés", indique le botaniste Thomas Couvreur de l’IRD, auteur de la présentation des résultats du projet Raphia. Les raphias sont omniprésents en Afrique. Ils représentent le genre de palmier le plus varié sur le continent, avec une vingtaine d’espèces. Certaines d’entre elles jouent un rôle fondamental dans les sociétés africaines, en pourvoyant à des besoins nutritionnels, économiques, techniques, tradithérapeutiques et même spirituels. Pour autant, les raphias restaient jusqu’à présent mal connus des scientifiques, sur le plan taxonomique, avec des difficultés pour identifier les différentes espèces, mais aussi sur celui de leurs usages, pour caractériser leur importance socio-économique.

Les feuilles de Raphia régalis, les plus grandes du règne végétal, atteignant 25X4 m, sont très appréciées pour fabriquer des toitures, des cordages, des vêtements...

© IRD / Thomas Couvreur

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"Ainsi, fautes de connaissances approfondies sur le sujet, ils ne sont pas reconnus partout comme des ressources forestières indispensables, dont la pérennité et la disponibilité doivent être préservées", note-t-il. Le projet d’étude des palmiers raphias, entrepris par l’IRD en partenariat avec l’Université de Yaoundé I au Cameroun (2), a déjà permis d’éclairer certaines de ces zones d’ombres. "Grâce aux nombreuses études menées sur le terrain en Afrique centrale par notre étudiante en thèse Suzanne Mogue, nous avons mis en place une classification stable des espèces, en associant la génétique aux caractères morphologiques. Ce faisant, nous avons mis en évidence deux espèces inconnues du Gabon", conclut-il.

A la mesure du gigantisme de la Chine et de son dynamisme scientifique, le congrès de Shenzhen a réuni plus de spécialistes des plantes qu’aucune autre des précédentes éditions. Symbole de cet accueil enthousiaste, l’agglomération de 11 millions d’habitants a été couverte de bannières célébrant l’événement, et ses gratte-ciels ont été parés d’immenses décorations représentant des fleurs et une feuille de Ginkgo biloba, le logo du congrès.


Notes

1. IBC 2017, XIX International Botanical Congress, Shenzhen China, du 23-29 juillet

2. Notamment le Professeur Bonaventure Sonké


Contact : thomas.couvreur@ird.fr