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Réalisation de mesures dans le lagon d'Ouano

© MIO

L’océan, nourrice des lagons

Mis à jour le 21.05.2019

La richesse écologique des lagons ne provient pas seulement de la terre. L’océan est une source incontournable de nutriments pour ces espaces à la biodiversité unique.

Tortues, baleines, mollusques, corail et poissons multicolores… Le récif néo-calédonien, seconde plus grande barrière de corail au monde après celle de l’Australie, abrite une biodiversité unique et foisonnante. A l’origine de cette abondance : l’océan. Pauvre en nutriments, on le pensait inutile dans l’enrichissement des lagons.  Une étude vient pourtant de démontrer qu’il offre aux lagons une importante source de nourriture 1 et que les échanges entre les deux milieux sont incessants. « Les lagons chenaux sont un des meilleurs exemples de ces interactions, explique l’océanographe Cristèle Chevalier. Ils sont longs, étroits, fermés par une barrière récifale importante et ne sont ouverts que par des passes exiguës sur les côtés. Pourtant, l’eau qui y entre par la houle représente 80 à 90 % de l’eau du récif. Une fois confinée, elle y stagne plus longtemps et les éléments nutritifs apportés par l’océan enrichissent ce milieu. »

Des écosystèmes différents mais semblables

Le lagon d'Ouano

© Google Earth

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Cette eau entrante apporte notamment du zooplancton océanique dans le lagon. « Même s’il est à nouveau transporté à l’extérieur par les courants, son comportement (migration, rhéotaxie 2)  favorise  sa rétention et son développement dans le lagon », explique le chercheur Marc Pagano. La perfusion continuelle de l’océan vers le lagon permet ainsi de poursuivre cet enrichissement. Deux écosystèmes se développent côte à côte. « La barrière récifale limite les échanges de particules alimentaires, de phytoplancton et de zooplancton entre ces deux espaces, précise Jean Blanchot, co-auteur de l’étude. Les poissons du lagon et de l’extérieur ne se mélangent pas du fait de la barrière récifale, mais leur chaîne alimentaire est semblable. Tous se nourrissent de zooplanctons qui se développent sur des sources de nourritures différentes. »
 

Un espace résilient

Le rôle de la houle, primordial pour l’enrichissement des lagons, pourrait être encore plus important pour sa survie lors des prochaines décennies. Influencé par le changement climatique, elle devrait être accentuée et pourrait aider au nettoyage du lagon en cas de pollution. « Le réchauffement planétaire impactera négativement la biodiversité, souligne Cristèle Chevalier. Mais il renforcera la houle, ce qui accélérera le renouvellement des eaux du lagon et améliorera sa résilience. Comprendre ce mécanisme permettra d’envisager plus précisément le futur de cet écosystème. » Une prochaine campagne de mesures menée en 2018 sur le lagon de Koné déterminera la façon dont la houle module le renouvellement de l’eau du lagon. Elle apportera les données nécessaires à une meilleure compréhension de la résilience de cet écosystème.


Notes : 

1. Baptiste Le Bourg, Yves Letourneur, Daniela Banaru, Jean Blanchot, Cristèle Chevalier, Gérard Mou-Tham, Benoit Lebreton et Marc Pagano, The same but different: stable isotopes reveal two distinguishable, yet similar, neighbouring food chains in a coralreef, Journal of the Marine Biological Association of the United Kingdom, 3 août 2017

2. Comportement des animaux leur permettant de se maintenir dans le courant, souvent en dépensant le moins d'énergie possible


Contacts : Jean Blanchot / Cristele Chevalier