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L'oasis d'Atar (à gauche, séparée de la ville par une digue) abrite le parasite P. vivax, responsable du paludisme.

© Dr Khadijetou M. Lekweiry-GEMI-JEAI 2017

Paludisme : P. vivax détecté dans l’oasis Atar

Mis à jour le 15.02.2019

Pour la première fois, la présence du parasite Plasmodium vivax est confirmée à Atar, dans le nord de la Mauritanie : il est même responsable de la majorité des cas de paludisme. Il est ainsi crucial de lutter pour éviter toute épidémie, non seulement en Mauritanie, mais aussi en Afrique du Nord. Voire au-delà, notamment en Europe.

Les techniques de la goutte épaisse et du frottis permettent de déceler les Plasmodium.

© Dr Mohamed Abdallahi Moukah - Ministère de la santé Mauritanie - 2017

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Le parasite Plasmodium vivax est bien présent à Atar, certifie une étude 1 dirigée par Ali Ould Mohamed Salem Boukhary, responsable de la JEAI RI3M 2 . Dû à un parasite du genre Plasmodium propagé par la piqûre de moustiques anophèles, et se manifestant notamment par des épisodes aigus de fièvre, le paludisme tue près de 500 000 personnes chaque année dans le monde, dont 90% en Afrique. Apparu à Nouakchott, à la fin des années 1990, ce fléau est un problème de santé majeur en Mauritanie.  Pourtant, il existait jusqu’ici peu de données sur sa possible présence au nord du pays, notamment à Atar, à 440 km au nord-est de la capitale, dans la vaste wilaya de l’Adrar mauritanien.« Quelques cas suspects avaient été signalés dans cette oasis dès le début des années 2010. Mais cela n’avait été confirmé par aucune étude rigoureuse »,précise le biologiste moléculaire.

P.vivax , responsable de 74 % des cas de paludisme

Pour combler ce manque, entre mars 2015 et décembre 2016, les chercheurs ont recruté 453 patients de l’hôpital d’Atar présentant de la fièvre ou des antécédents de fièvre. Tous ont alors bénéficié d’un diagnostic rapide sur place et d’un traitement approprié. Puis le recours à la PCR?De l’anglais polymerase chain reaction, « réaction en chaîne par polymérase ». Cette technique consiste à dupliquer en grand nombre le matériel génétique des parasites détectés dans le sang pour identifier précisément l’espèce. , en laboratoire, a permis de confirmer le diagnostic de paludisme. « C’est la seule technique qui permette de distinguer et détecter rigoureusement P. vivax, parmi les cinq espèces de Plasmodium. Les plus courantes étant P. falciparum et P. vivax  », souligne Ali Ould Mohamed Salem Boukhary. Au final, 162 patients se sont avérés infectés : 120 (74,1 %) l’étaient par P.vivax , 4 (2,5 %) par P. falciparum  et 38 (23,4 %), par les deux espèces.

Or, le traitement antipaludique préconisé à ce jour en Mauritanie est l’artésunate-amodiaquine ou l’artéméther-luméfantrine. Malheureusement, si elles sont efficaces contre P.falciparum , « c es thérapies sont impuissantes à tuer une forme particulière de P. vivax, appelée hypnozoïte, qui peut vivre endormie dans le foie pendant des années », explique Leonardo Basco, parasitologue et correspondant IRD de la JEAI, qui a participé à l’étude. Conséquence, cette forme “latente” peut relancer à tout moment la maladie sans que le patient ne soit piqué de nouveau par un moustique.

Les bassins d'irrigation des palmiers d'Atar servent de gîtes aux anophèles, vecteurs potentiels de Plasmodium.

© Dr Khadijetou M. Lekweiry-GEMI-JEAI 2017

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Atar, potentiel foyer d’épidémie

La situation est d’autant plus préoccupante que les mouvements de populations vers Atar, susceptibles de favoriser la dissémination de P. vivax , se sont accentués ces derniers temps : aux milliers de Mauritaniens qui visitent les oasis de l’Adrar chaque année, se sont ajoutés des touristes étrangers, notamment européens. De plus, les oasis constituent une zone de transit pour des milliers de migrants clandestins venant d’Afrique subsaharienne et se dirigeant vers les pays du Maghreb et l’Europe. D’où la crainte d’une épidémie à partir d’Atar. « Il est urgent de mettre au point des stratégies de prévention et de lutte adaptées à P. vivax  », insiste Leonardo Basco.

Il existe pourtant un traitement efficace – le seul – contre la forme hépatique latente de P. vivax : la primaquine. À ce jour, ce médicament n’est pourtant pas utilisé, car il est contre-indiqué en cas de déficit en l’enzyme glucose-6-phosphate déshydrogénase (G6PD). Or ce trouble touche jusqu’à 30 % des Africains ! « Il est essentiel, plaident les chercheurs,de valider l’efficacité de tests rapides, permettant de diagnostiquer ce trouble. Cela permettra enfin un recours sécurisé à la primaquine ». Justement, l’équipe d’Ali Ould Mohamed Salem Boukhary développe en ce moment des recherches dans ce sens.

 


Notes :

1.   Jemila Mint Deida, Rachida Tahar, Yacoub Khalaf, Khadijetou Mint Lekweiry, Abdoullah Hmeyade, Mohamed Lemine Ould Khairy, Frédéric Simard, Hervé Bogreau, Leonardo Basco, Ali Ould Mohamed Salem Boukhary. Oasis malaria, northern Mauritania , Emerging Infectious Diseases , 17 décembre 2018

2. Jeune équipe associée à l’IRD « Recherches intégrées sur les moustiques et les maladies infectieuses en Mauritanie »


Contacts : ali.boukhary@ird.fr / leonardo.basco@ird.fr