Culture de mil sanio plein champ

Culture de mil sanio de plein champ

© IRD/Robert Diatte

Sahel : retour réussi d’une ancienne variété de mil

Mis à jour le 30.08.2019

Pendant 25 ans, le sanio avait quasiment disparu des champs du Sahel sénégalais. À la faveur du retour des pluies dans cette région, cette variété de mil est de plus en plus cultivée. Preuve que les agriculteurs sénégalais sont conscients des variations climatiques et peuvent s'y adapter.

Depuis la fin du siècle dernier, les pluies sont en partie revenues sur le Sahel, cette zone semi-aride qui borde le sud du Sahara. Dans le nord de la région de Fatick, à une centaine de kilomètres à l'est de Dakar, la hausse des précipitations a été une aubaine pour les agriculteurs sénégalais. Ceux-ci en ont notamment profité pour réintroduire une variété de mil, le sanio, dont la culture avait été abandonnée à la suite des grandes sécheresses des années 1970 et 1980. Pour confirmer le lien entre l'augmentation de la pluviométrie et le retour du sanio, une collaboration entre l'IRD et le Cirad, a permis de recouper des données météorologiques, agronomiques et socioéconomiques obtenues dans la région de Fatick sur plusieurs périodes(1).

 

Si une année a été pluvieuse, un nombre plus important de villages adoptent le sanio l’année suivante.

© IRD/Valérie Delaunay

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Des pluies plus intenses

Les chercheurs ont ainsi confirmé la hausse récente du cumul annuel de pluies grâce aux relevés pluviométriques de dix-huit stations météorologiques de la région réalisés entre 1950 et 2015. Ceux-ci montrent en effet qu'après une baisse importante de la pluviométrie entre 1950 et 1981, celle-ci augmente ensuite. « Nous avons observé une hausse des précipitations de près de 40 % entre le début des années 1980 et 2015, confirme Benjamin Sultan, climatologue à ESPACE-DEV.  Toutefois cette remontée est due à des pluies plus intenses et non pas à des épisodes pluvieux plus nombreux. »

Une enquête conduite entre 2013 et 2014 auprès de 1061 agriculteurs de la région de Niakhar, au nord de Fatick, rapporte que 96 % d'entre eux étaient conscients de la hausse du cumul de pluies au cours des vingt dernières années. Ce qui a poussé un certain nombre de cultivateurs à adapter leurs semences à ces nouvelles conditions météorologiques. Une autre enquête de terrain menée en 2015 dans 665 villages de la zone étudiée montre en effet comment la distribution spatiale du sanio s'est étendue à partir de 1997 et tout particulièrement après 2008. Cette année-là, le cumul annuel des pluies a en effet dépassé les 550 millimètres pour la première fois depuis près de 40 ans. À la clôture de l'enquête, plus de 50 % de ces villages avaient adopté le sanio en complément du souna, la variété de mil dominante de la région qui présente un cycle de développement plus court et nécessite moins d'apports en eau.

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Un attachement culturel au sanio

« La réintroduction de cette céréale permet de mieux gérer les risques liés aux variations interannuelles du climat et ainsi d'améliorer la sécurité alimentaire de ces petits cultivateurs », se réjouit Richard Lalou, démographe à MERIT. Pour autant tous les villages n'adoptent pas le sanio. « Sa culture est en effet exigeante et demande un surplus de travail », explique le chercheur. « De plus, le sanio mobilise des terres plus longtemps lors de la saison des pluies. Ce qui peut empêcher le développement de cultures commerciales comme celle de la pastèque. »

Les deux variétés de mil diffèrent par la taille des grains de leurs épis, ceux du souna (ici) sont plus petits.

© IRD/Richard Lalou

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Mais pour certains agriculteurs, cultiver cette céréale représente une tradition ancestrale. « C'est notamment le cas de la population sérère, très présente dans cette région, qui apprécie particulièrement le goût du sanio. » Et cette culture vivrière est économique et durable car elle repose sur un savoir-faire traditionnel et ne nécessite pas de produits phytosanitaires. Toutefois le sanio et les plantations agricoles de la région restent sous la menace du changement climatique. « Les modèles prévoient en effet une diminution des précipitations et une hausse des températures dans cette partie du Sahel », s'inquiète Benjamin Sultan. Les capacités d'adaptation des agriculteurs sénégalais risquent donc d'être mises à rude épreuve dans le futur.


Notes :
1. Richard Lalou, Benjamin Sultan, Bertrand Muller, Alphousseyni Ndonky, Does climate opportunity facilitate smallholder farmers’ adaptive capacity in the Sahel?, Palgrave Communications, 23 juillet 2019


Contacts :

Richard Lalou – Mère et enfant face aux infections tropicales (MERIT)

Benjamin Sultan – Espace pour le développement (ESPACE-DEV)