Adèle R. Ouédraogo examine une parcelle où est testé l'effet du compost à base des déchets ménagers sur rendement de la tomate.

© Adèle Rayangnéwendé Ouédraogo

Adèle Rayangnéwendé Ouédraogo : les déchets ménagers comme biofertilisants

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Mis à jour le 21.02.2024

Au Burkina-Faso, Adèle Rayangnéwendé Ouédraogo mobilise toute son énergie pour renforcer les bonnes pratiques agroécologiques. Lauréate des Trophées de l’innovation de l’IRD, la chargée de recherche en agro-pédologie formule des biofertilisants à partir des déchets ménagers, agricoles et agro-industriels pour améliorer la qualité des sols et donc, les rendements des cultures.

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Au Burkina-Faso, le secteur agricole fournit 45 % des revenus des ménages et occupe 86 % de la population active. Jusqu’ici les unités de compostage, petites entreprises individuelles ou collectives produisant du compost ainsi que les agriculteurs produisant eux-mêmes leur compost, utilisaient majoritairement des résidus agricoles (principalement les tiges de céréales).

Valoriser davantage de matières organiques pour mieux cultiver

Adèle R. Ouédraogo (à gauche), et le conducteur du tricycle, collectent les déchets organiques triés à la source.

© Adèle Rayangnéwendé Ouédraogo

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Pour aller plus loin, Adèle R. Ouédraogo avec son équipe de l’Institut de recherche en science appliquées et technologies (IRSAT), à Bobo-Dioulasso, propose une valorisation des biodéchets, autrement dit des déchets organiques, issus des ménages et de l’agro-industrie en compost, en plus des résidus agricoles déjà utilisés. Cette proposition est faite sur la base des résultats de l’étude qu’ils ont effectuée dans le cadre du programme Ouest Africain de Leadership climatique pour les femmes (WAfriCLP) dont Adèle a été lauréate.

Cette idée est appréciée et portée par le conseil régional des Hauts-Bassins du Burkina-Faso, première zone de production de fruits et légumes du pays et d’industries agroalimentaires, en partenariat avec la région Auvergne-Rhône-Alpes. 

Un des étudiants applique des biofertilisants pour évaluer les effets de plusieurs types de biofertilisant sur la croissance et le rendement de la tomate.

© Adèle Rayangnéwendé Ouédraogo

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Dans le cadre notamment d’une stratégie régionale d’économie circulaire dont l’objectif est de produire des biens et des services de manière durable en limitant la consommation et le gaspillage des ressources et la production des déchets.
Adèle R. Ouédraogo est donc invitée à mettre à contribution son expertise pour la mise en œuvre de cette initiative s’inscrivant notamment dans la stratégie nationale de Développement de l’agroécologie 2023-2027 du Burkina Faso. 

La passion des sciences du sol pour aider les travailleurs de la terre

Tout prédestinait Adèle R. Ouedraogo à s’immerger dans les sciences agronomiques. Née à Bobo-Dioulasso, chef-lieu de la région des Hauts-Bassins, elle grandit à Orodara, « verger du Burkina Faso ». 
Pendant son enfance, elle aide ses parents à cultiver le champ familial, composé notamment de mangue, de maïs, de bissap et d’anacarde (dont le fruit est la noix de cajou), lors des vacances scolaires. Ensuite, elle intègre une maison de formation religieuse où elle suit des cours d'agriculture et pratique le maraîchage, l'arboriculture et le compostage. 

« Les fruits du jardin étaient directement consommés à la cantine et cela me fascinait ! » précise la chargée de recherche à l’IRSAT, l’un des instituts du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST). Après le bac, elle se lance dans des études d’agronomie. « Je n'ai jamais regretté mon choix, car dès les premières années, les cours de biologie et physiologies végétales, ainsi que celui de l'agronomie générale étaient passionnants. Au fur et à mesure que je progressais, j'ai développé une sensibilité sur les questions de fertilité des sols, ce qui m’a conduit après mon ingéniorat à entreprendre un DEA et une thèse en sciences du sol. ».

 

Compostage en plusieurs étapes

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Faire du Burkina-Faso une référence en matière de valorisation des déchets organiques 

Avec sa thèse réalisée à l’université catholique de Louvain en Belgique et financée par la coopération belge Académie de recherche et d'enseignement supérieur - Commission de la coopération au développement, tout devient limpide pour son projet professionnel : il faut valoriser les biodéchets en biofertilisants et promouvoir une utilisation conséquente de la fumure organique (fertilisant organique) au Burkina Faso.

Remise de poubelles dans une école primaire pour le tri sélectif des déchets ménagers par l’équipe de l’IRSAT

© Adèle Rayangnéwendé Ouédraogo

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En 2022, à la suite de la troisième édition de la journée Déclic, un programme organisé par l’Association Mahna et l’IRD ayant pour but de valoriser la recherche et de faire émerger des projets à impact portés par des jeunes burkinabè en collaboration avec des chercheurs, l’association Faso Compost est née. Ses objectifs ? Fournir une deuxième poubelle à plusieurs ménages pour le tri et le compostage des déchets et mener des activités de sensibilisation sur le tri des déchets ménagers. 

« Être nominée aux Trophées de l’innovation de l’IRD représente pour moi une étape très importante. Mon rêve est de voir naître une agriculture productive et durable, avec des créations d’emplois et des villes assainis grâce à la valorisation des biodéchets en biofertilisants. Je rêve que le Burkina soit un exemple pour l’Afrique de l’Ouest ! » commente Adèle R. Ouédraogo.

Mention des trophées de l'innovation, avec des pétales de fleur stylisées arc-en-ciel

© IRD

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L'IRD lance les premiers Trophées de l'innovation. Objectif : récompenser des doctorants et des jeunes chercheurs, porteurs de projets innovants, à fort impact dans les pays du Sud et les Outre-mer français, et répondant aux objectifs de développement durable. Deux trophées ont été attribués lors de cette première édition. Ils ont été remis à l’occasion du sommet Emerging Valley, les 27 et 28 novembre 2023 à Marseille. Les lauréats bénéficieront d'un prix de 10 000 euros pour financer les actions nécessaires au développement de leur projet, d'un kit de promotion et d'un accompagnement par des professionnels pour le lancement du projet.

Découvrez le portrait des deux lauréates 

... et des quatre autres nominé·es