Hydrocoraux

Certains Stylastérides, des coraux ornementaux, recèlent des secrets…

© IRD/Pierre Laboute

De l’échantillon oublié aux makis !

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Mis à jour le 15.07.2019

Quand un échantillon, un temps oublié, se révèle précieux…

Aline Tribollet, biologiste-écologiste des récifs coralliens

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« On a parfois une pépite sous les yeux, que l’on oublie à force de la voir… Ainsi, un échantillon de corail de la famille des Stylasteridae, qui devait s’avérer très intéressant au plan scientifique, a trainé plus d’un an sur mon bureau ! Je suis spécialiste des micro-organismes perforants qui colonisent les substrats calcaires des récifs coralliens. Ce sont essentiellement des cyanobactéries, des micro-algues rouges et vertes et des champignons, tous filamenteux. En pénétrant dans les squelettes des coraux par voie chimique, ils leur confèrent une couleur particulière, sous réserve qu’ils n’aient pas déjà une pigmentation naturelle.

Aussi, il y a quelques années, des collègues italiennes m’ont demandé d’identifier le micro-organisme perforant responsable de la couleur rouge-orangée de petits coraux qu’elles venaient de découvrir en Indonésie. Elles travaillent sur les Stylastérides, des hydrocoraux ornementaux, cousins des gorgones et des coraux constructeurs de récifs coralliens. Dans un premier temps, elles m’ont envoyé des photos, mais l’identification n’a pas été possible ainsi. Aussi leur ai-je demandé des échantillons pour pouvoir faire une analyse en bonne et due forme. Leur échantillon est arrivé, puis il est resté là. Longtemps. J’avais mes propres recherches et sans sortir de mon champ de vision, il est sorti de mon esprit !

Finalement, elles m’ont relancée et j’ai fait l’analyse. Et ce qu’elles pensaient être une cyanobactérie s’est révélée être une micro-algue rouge, rarement observée mais pourtant bien connue : c’est le nori qui entoure les makis dans la cuisine japonaise ! Elle connait une phase cachée dans son cycle de vie, pendant laquelle elle colonise les substrats calcaires tels que les coraux. Puis elle s’en expulse pour former de grandes frondes molles dans les récifs, où elle peut être récoltée. Son passage temporaire dans ces coraux-là était jusqu’ici méconnu, et a permis de signer deux publications sur le sujet avec mes deux collègues italiennes. »