Les tests sérologiques permettent de détecter la présence d'anticorps dirigés contre le virus Sars-CoV-2 et d'estimer sa circulation dans une population.

© IRD - Jean Grégoire Kayoum

Covid-19 en RDC : un niveau finalement élevé de contamination

Mis à jour le 25.06.2021

Une étude montre qu’en République Démocratique du Congo (RDC), la diffusion du Sars-CoV-2 durant la première vague a été importante. Bien plus importante que ce que ne laissait entrevoir le nombre de cas rapporté officiellement. Cependant, l’impact du virus sur la santé des personnes vivant en RDC plus modéré que prévu donne des pistes pour adapter la réponse des autorités sanitaires à la pandémie.

Quel a été le taux d’infection au Sars-CoV-2, responsable du Covid, en République Démocratique du Congo (RDC) durant la première vague, qui a sévi de mars à juillet 2020 ? Selon les données officielles, seuls 8 290 cas confirmés ont été dénombrés à Kinshasa. Au regard des près de quinze millions d’habitants de la capitale, c’est bien peu et certainement très sous-estimé. C’est d’ailleurs ce que vient de démontrer une première étude publiée par une équipe de scientifiques congolais, allemands, belges, japonais et français. 

L'équipe d'enquêteurs part dans les ménages de Kinshasa pour collecter des prélèvements de sang et des données épidémiologiques.

© Paul Tshimini

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Co-responsable de l’étude avec le Professeur Steve Ahuka-Mundeke de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) de Kinshasa , Éric Delaporte, directeur de l’Unité mixte internationale TransVIHMI, explique l’objectif de ces travaux : « il s’agissait de connaître la dynamique de l’infection en RDC. Est-ce que le virus avait diffusé ou pas, compte tenu d’un impact visible moins dramatique que ce que la communauté internationale avait craint au tout début de l’épidémie ? » Pour répondre à cette question, les scientifiques ont mené l’enquête dans la population.


Des questions et un test

Ainsi, entre le 22 octobre et le 8 novembre 2020, l’équipe a investigué un échantillon représentatif de la population de Kinshasa. En tout, ce sont 1 233 personnes de 292 foyers qui ont répondu aux questions des chercheurs et qui ont réalisé un test sérologiqueEffectué sur le sérum des patients, il recherche la présence d’anticorps particuliers. mis au point par l’unité TransVIHMI. Ce test détecte la présence d’anticorps dirigés contre deux antigènes du virus (la protéine Spike et la nucléocapside). « Grâce à ce test extraordinairement rigoureux, s’il est positif, nous sommes vraiment sûrs que les personnes ont été infectées », précise le directeur.

Après analyse des données, la séroprévalence s’est élevée à 16,6 % en moyenne. Ce taux s’est avéré plus élevé chez les plus de 40 ans (21,2 %) que chez les moins de 18 ans (14,9 %). « Le ratio entre le nombre estimé des cas déduit de l’étude et le nombre des cas de Covid-19 officiellement enregistrés au cours de la même période était de 292 infections pour 1 cas confirmé. Cela était une surprise car nous n'avons pas observé de surmortalité dans la ville de Kinshasa pendant la même période. Ceci suggère que la maladie a circulé mais sans augmentation des formes graves », note Antoine Nkuba, doctorant IRD et INRB. En rapportant ce taux à la population de Kinshasa, le Sars-CoV-2 aurait donc infecté près de 2 500 000 personnes, soit 300 fois plus que le nombre des cas confirmés par les tests moléculaires.

Des causes possibles multiples

Naomi Mitongo réceptionne les tests sérologiques à l'INRB.

© Paul Tshimini

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Malgré ce niveau élevé de contamination, l’impact de l’infection s’est avéré modéré. « Même s’il a pu être sous-évalué en raison de problème de comptabilisation de la mortalité, il n’y a pas eu de tsunami », estime Éric Delaporte. L’expert émet des hypothèses qui expliqueraient ces relativement faibles morbidité et mortalité par différents facteurs. L’une d’elles tient à la démographie. La population est plus jeune qu’en Europe. Or, les jeunes sont ceux qui ont été le moins touchés par les formes graves de Covid-19. Il évoque également une immunité plus développée. « Les populations sont plus exposées à d’autres infections. Cela peut booster le système immunitaire. Il peut aussi y avoir des notions de réactions immunologiques croisées, c’est-à-dire qu’elles ont été infectées précédemment par d’autres coronavirus qui leur confèreraient une meilleure protection », détaille le scientifique qui estime également que d’autres raisons telles que les conditions climatiques, notamment la chaleur, auraient pu contenir la diffusion du virus.

Antoine Nkuba a participé à la mise au point du test sérologique et à la formation du personnel à son utilisation.

© IRD - Guillaume Thaurignac

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Cette étude de séroprévalence fait partie du projet ARIACOV porté par l’IRD avec le soutien de l’AFD, dans le cadre duquel d’autres résultats sont attendus :  des études de séroprévalence menées après la deuxième vague en RDC, mais aussi dans d’autres pays – Bénin, Ghana, Sénégal, Guinée et Cameroun. Ces tous premiers résultats sont porteurs d’enseignements en ce qui concerne les réponses de santé publique. Éric Delaporte expose : « Une partie relativement importante de la population s’est finalement “vaccinée” naturellement après la première vague. Il faudra cependant attendre les prochaines études pour connaître la dynamique réelle de l’infection après les deuxième et troisième vagues. » Ce qui permettra d’adapter au mieux la politique vaccinale et la riposte nationale en tenant compte également des autres priorités de santé. Outre le Covid-19, le pays est touché par d’autres endémies – la tuberculose, le sida et le paludisme entre autres – responsables d’une morbidité et d’une mortalité beaucoup plus importantes. « Il faut absolument que la riposte au Covid n’ait pas d’impact sur les autres programmes de santé », alerte-t-il.