Un homme est assis sur un tabouret devant des appareils de laboratoiure

Fangala Hamidou Coulibaly, devant la plateforme de chromatographie en phase liquide de l’unité Pharmadev, à Toulouse. L’appareil permet d’identifier les molécules des extraits bioactifs.

© Fangala Hamidou Coulibaly

Fangala Hamidou Coulibaly : synergie végétale contre les moustiques

Sommaire

J'aime

3

Mis à jour le 21.02.2024

Fangala Hamidou Coulibaly allie ses compétences autant sur le terrain qu’en laboratoire pour dénicher des extraits végétaux capables de protéger efficacement les populations des moustiques appartenant aux genres Anopheles et Aedes. Enthousiaste, le doctorant ivoirien en entomologie médicale et substances naturelles, bien déterminé à participer à la prévention des maladies dont les agents pathogènes sont transmis par ces moustiques, est nominé aux Trophées de l'innovation.

Bloc de texte

La lutte chimique contre les moustiques porteurs d’agents pathogènes pose plusieurs problèmes : résistance aux insecticides, persistance des produits chimiques dans l’environnement et intoxication des êtres vivants non-cibles comme les animaux aquatiques lors des luttes anti-larvaires. L’approche de Fangala Hamidou Coulibaly explore une alternative de lutte antivectorielle respectueuse de l’environnement. Elle s‘appuie sur l’utilisation d’extraits de plantes bioactifs afin de conserver l’ensemble des molécules qui agissent généralement en synergie. L’étude s’effectue dans le cadre d’une cotutelle de thèse entre les universités de Montpellier (France) et Nangui Abrogoua (Côte d’Ivoire) en partenariat avec les unités de recherche MIVEGEC (Montpellier) et PHARMADEV (Toulouse).

Sprays, crèmes et sticks à base d’huiles essentielles ou végétales

Entretien avec le chef de village de Nisonkaha (au nord de la Côte d’Ivoire) lors de l’enquête ethnobotanique

© Fangala Hamidou Coulibaly

Bloc de texte

Le caractère novateur de la solution ? « Il est difficile de recomposer, via la chimie de synthèse, certaines molécules insecticides ou répulsives isolées des extraits végétaux. En plus, ces molécules peuvent être issues de plantes moins accessibles ou avec des durées de productions longues (arbres). Ces paramètres représentent clairement un obstacle pour une production industrielle. Les extraits que nous étudions proviennent de végétaux accessibles (largement répandus en Côte d’Ivoire) et cultivables dont les propriétés répulsives sont très intéressantes. Comme ces extraits ont également des propriétés cosmétiques (actions anti-inflammatoire et antivieillissement), des formulations à doubles actions seront donc mises au point. Ces plantes ont fait l’objet de peu d’études, il y a des possibilités d’obtention de brevets », précise Fangala Hamidou Coulibaly. Actuellement, le projet est en phase d’investigations phytochimiques et de détermination de l’innocuité sur la peau des extraits bruts. 

Une jeunesse ivoirienne marquée par les ravages des moustiques

Né dans le nord de la Côte d’Ivoire, à Ferkessédougou, en 1995, Fangala Hamidou Coulibaly est témoin, dès son plus jeune âge, des graves impacts sanitaires causés par les moustiques. 

Huile végétale bio-répulsive

© Fangala Hamidou Coulibaly

Bloc de texte

Et notamment, le paludisme qui nécessite souvent des hospitalisations et abouti, quelques fois, au décès de proches et de connaissances. Après sa licence en zootechnie – l’étude de la production animale –,  le jeune étudiant oriente son parcours vers l’entomologie médicale et vétérinaire en suivant le master international en Entomologie co-organisé par les universités de Montpellier et Alassane Ouattara de Bouaké (Côte d’Ivoire).  Ensuite, il saute le pas et poursuit avec une cotutelle internationale de thèse soutenue par les universités Nangui Abrogoua et de Montpellier. « À l’IRD, mon directeur de thèse de l’université Nangui Abrogoua, le professeur Koné M. Witabouna et moi-même avions contacté Fabrice Chandre (entomologiste médical à l’IRD, co-directeur de thèse) par le biais de Florence Fournet (entomologiste médicale à l’IRD, coordinatrice du master international d’entomologie). Nous lui avons soumis mon projet de doctorat qui l’a vivement intéressé. C’était le départ d’une grande aventure ! » précise le jeune chercheur.

Concrétiser via la création d’une start-up

Un volontaire a laissé son bras enduit de l’huile répulsive dans une cage avec des moustiques. Une fois le bras sorti de la cage, il reste des moustiques qui n'ont pas pu piquer mais qui ne parviennent pas à s'échapper. Test réussi !

© Fangala Hamidou Coulibaly

Bloc de texte

Fangala Hamidou Coulibaly partage son temps entre les enquêtes ethnobotaniques au nord, à l’ouest et au sud de la Côte d’Ivoire, les tests biologiques sur les moustiques (Abidjan, Montpellier) et les analyses phytochimiques à Toulouse. « Ce que j’apprécie dans mon travail ? C’est ce recours à plusieurs disciplines (sociologie, botanique, entomologie médicale, électrophysiologie et chimie des plantes) pour développer des solutions durables de protection contre les moustiques.  Il y a également notre ambition de créer une startup afin de valoriser les résultats de nos travaux. » Les trophées de l’innovation de l’IRD sont une opportunité pour la visibilité de son travail tout en mettant en exergue la collaboration franco-ivoirienne. « Et surtout, n’oublions pas de rappeler que les moustiques, via les agents pathogènes qu’ils transmettent, ont tué plus de personnes dans le monde que les guerres… » conclut le doctorant.


 

Mention des trophées de l'innovation, avec des pétales de fleur stylisées arc-en-ciel

© IRD

Bloc de texte

L'IRD lance les premiers Trophées de l'innovation. Objectif : récompenser des doctorants et des jeunes chercheurs, porteurs de projets innovants, à fort impact dans les pays du Sud et les Outre-mer français, et répondant aux objectifs de développement durable. Deux trophées ont été attribués lors de cette première édition. Ils ont été remis à l’occasion du sommet Emerging Valley, les 27 et 28 novembre 2023 à Marseille. Les lauréats bénéficieront d'un prix de 10 000 euros pour financer les actions nécessaires au développement de leur projet, d'un kit de promotion et d'un accompagnement par des professionnels pour le lancement du projet.

Découvrez le portrait des deux lauréates 

... et des quatre autres nominé·es