Montage photo avec la chercheuse au premier plan manipulant des instruments, au deuxième plan des écrans d'ordinateur et, à l'arrière plan, un paysage de montagne et glaciers.

Fanny Brun est déjà coutumière des distinctions puisqu’elle était lauréate en 2018 du programme L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science.

© Carl Diner pour la fondation l'Oréal & IRD Bruno Jourdain

Fanny Brun : mobiliser les high-tech autour des glaciers menacés

Mis à jour le 29.06.2023

Spécialiste des glaciers himalayens et alpins, Fanny Brun vient de recevoir le prix jeunes chercheurs de l’International Glaciological Society. Glaciologue à l’IRD, au sein de l’Institut des géosciences pour l’environnement à Grenoble, elle développe des approches originales pour suivre l’évolution de ces géants naturels et l’impact du changement climatique.

La montagne fascine ses enfants, qui y consacrent souvent leur existence… Native du massif de la Chartreuse dans les Alpes et ayant grandi près de Grenoble, Fanny Brun ne fait pas exception. Mais quand d’autres deviennent guide, monitrice de ski ou chasseur alpin, elle préfère pour sa part décrypter les dynamiques physiques à l’œuvre dans ce milieu menacé.

 

Les expéditions annuelles de suivi de l’état des glaciers himalayens sont l’occasion de faire la maintenance des équipements d’observation permanente installés in situ.

© IRD - Thibaut Vergoz

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« La glaciologie n’est pas une vocation, révèle-t-elle. Curieuse de pleins d’aspects des sciences, je me suis d’abord orientée vers la biologie en intégrant une classe préparatoire agro-véto à Lyon, en 2010. » Mais, au bout du compte, elle présente et obtient le concours de l’École normale supérieure, et part étudier la géologie à Paris. Elle découvre alors que cette discipline permet tout à la fois de faire des recherches et de passer du temps sur le terrain, en plein air, ce qu’elle apprécie beaucoup depuis son plus jeune âge.  

Recherche scientifique et terrain en montagne

À l’occasion de son stage de troisième année de licence, fait au laboratoire de glaciologie de Grenoble auprès de Delphine Six, spécialiste des glaciers des Alpes françaises, elle découvre que la glaciologie, c’est encore mieux ! « Non seulement il s’agit de science, avec là aussi beaucoup de travail de terrain, mais en plus ça se passe à la montagne, dans la neige, tout ce que j’adore ! » Elle sera donc glaciologue, suivant finalement un peu les traces de ses parents qui ont beaucoup travaillé sur la neige à Météo-France. Elle entreprend des recherches sur les glaciers himalayens et alpins, et soutient en 2018 une thèse sur la dynamique d’évolution des glaciers asiatiquesInfluence de la couverture détritique sur le bilan de masse des glaciers des Hautes Montagnes d'Asie : une approche multi-échelle1.

Drones, satellites et crampons

La partie terrain de la glaciologie, qui consiste à mener des expéditions en haute montagne, contribue à l’intérêt de Fanny Brun pour la discipline.

© IRD - Bruno Jourdain

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Tirant profit des avancées spectaculaire des techniques spatiales, elle développe une approche originale de la glaciologie, basée sur les observations multi-échelles. « La finesse des images de télédétection, permet aujourd’hui d’obtenir des résolutions verticales de l’ordre de 50 cm, proches de celles obtenues lors des campagnes de mesure sur le terrain », indique-t-elle. En s’appuyant sur les informations issues des satellites Pléiades, développés par le CNES et Airbus, elle parvient ainsi à reconstituer la topographie des glaciers. Elle confronte ensuite ces données avec l’observation in situ, en participant à des campagnes de mesures sur les glaciers asiatiquesL’IRD participe au suivi annuel de trois d’entre eux depuis 2007, en partenariat avec l’International Centre for Integrated Mountain Development (ICIMOD) au Népal et l'Indian Institut of Technology Indore en Inde.1. « Il s’agit alors de chausser les crampons, pour aller arpenter les pentes et mesurer l’épaisseur de la neige dans les parties hautes et la fonte dans les parties basses pour calculer le bilan de masse des glaciersDifférence entre l'accumulation et les pertes par ablation (fonte de neige et de glace) », raconte-t-elle. Cette donnée est précieuse pour connaitre l’état de santé du glacier car le bilan de masse réagit instantanément aux variations du climat. L’utilisation de drones, lors de ces campagnes, lui fournit une vision spatialisée à l’échelle du terrain qui permet de bien faire le lien avec les données satellites.

Grands témoins médiatiques

Confronter les données issues des satellites haute résolution avec les observations de terrain permet de suivre très précisément l’état des glaciers et l’impact flagrant du changement climatique.

© IRD - Bruno Jourdain

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« Outre l’aspect scientifique essentiel, qui consiste à documenter l’évolution des glaciers et comprendre les mécanismes sous-jacents, la glaciologie a un rôle médiatique important », estime-t-elle. Le recul spectaculaire des glaciers est en effet un phénomène visible et marquant qui impressionne mêmes les opinions les plus réfractaires. Savoir que les glaciers alpins auront disparus d’ici 2100 et qu’en Asie les paysages de l’Himalaya et du Karakorum vont être complètement bouleversés par le retrait des glaciers frappe les esprits. « C’est un message efficace pour communiquer sur le changement climatique et ses impacts. Aussi nous avons, en tant que glaciologues, une certaine responsabilité à bien faire connaitre nos travaux », affirme-t-elle.