Geneviève Zabré lors de la finale de Ma thèse en 180 secondes

© Felix Imhof - CH-1020 Renens

Geneviève Zabré : jeune chercheuse « battante »

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Mis à jour le 09.05.2019

#journéedesfemmes

 

En septembre 2018, la jeune biologiste burkinabè Geneviève Zabré remportait le premier prix du concours francophone international « Ma thèse en 180 secondes ». Cela, grâce à une présentation très remarquée de ses travaux de thèse, soutenus en partie par l’IRD. Zoom sur une personnalité et un parcours ambitieux. 

 

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Lors de la finale du concours « Ma thèse en 180 secondes », à Lausanne (Suisse), Geneviève Zabré a marqué les esprits à bien des égards. Tout d’abord, par le sujet même de sa thèse. Laquelle a permis de démontrer qu’une plante de la pharmacopée traditionnelle africaine, Acacia raddiana, peut aider à lutter contre le réchauffement climatique : elle élimine, chez les moutons qui la consomment, des bactéries intestinales émettrices de méthane, un puissant gaz à effet de serre. Mais lors de la présentation de sa thèse, la jeune femme de 32 ans s’est aussi illustrée par son éloquence et son sens de la pédagogie. Des aptitudes héritées notamment de son père, « un penseur qui savait dire les choses au bon moment, à la bonne personne », confie-t-elle. Enfin ont aussi beaucoup séduit, son naturel, son enthousiasme et son humour. « On dit souvent qu’on ne s’ennuie pas en ma présence, sourit-elle. J’espère que cela restera toujours ainsi…Quand j’étais petite, mon père n’arrêtait pas de dire que j’étais unique et que je devais travailler à le rester ».
Née en 1987, Geneviève Zabré entame sa carrière de biologiste en 2007, quand, son baccalauréat en poche, elle décide de s’inscrire en première année de biologie à l’université de Ouagadougou (Burkina Faso). « Au départ, j’ai choisi cette voie surtout parce je me sentais plus à l’aise en sciences qu’en sociologie, en droit ou en lettres modernes, avoue-t-elle. Mais cela est vite devenu une passion. J’aime découvrir et apprendre sans cesse ». Successivement, elle décroche une licence en chimie-biologie (en 2010) et un master en protection et amélioration des plantes (en 2013). « Grâce au soutien financier et moral de ma famille, j’ai toujours pu étudier dans de bonnes conditions », précise-t-elle.

La pharmacopée traditionnelle africaine peut aider à lutter contre le réchauffement climatique.

© Felix Imhof - CH-1020 Renens

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Des parasites aux changements climatiques


Puis en janvier 2014, un de ses enseignants, le Professeur Bayala Balé, du Laboratoire de physiologie animale à l’Université de Ouagadougou, lui propose de réaliser une thèse dans le cadre d'un projet sur la lutte contre la désertification en Afrique, mené en collaboration par l’Afrique, la France et le Brésil, et financé en partie par l’IRD(1). Plus précisément, ces travaux visent à étudier la « qualité nutritionnelle et antiparasitaire de quatre espèces d’acacia (Acacia mangium, A. mearnsii, A. nilotica et A. raddiana) chez les petits ruminants dans les exploitations mixtes agriculture-élevage des régions arides du Brésil et du Burkina Faso ». En effet, traditionnellement les éleveurs de petits ruminants (mouton, etc.) de ces régions utilisent les acacias pour éliminer des parasites de type nématode (des vers ronds) vivant dans les intestins des petits ruminants. Ces parasites constituent une menace majeure pour l’élevage de petits ruminants. En fragilisant ces derniers, les nématodes nuisent aux élevages, et favorisent la désertification en Afrique et au Brésil. D’où l’idée d’étudier rigoureusement l’efficacité de plusieurs espèces d’acacia non seulement contre les bactéries intestinales du mouton productrices de méthane – partie de la thèse présentée lors de la finale de MT180 -, mais aussi contre les parasites du mouton. Une aubaine pour Geneviève Zabré qui « aime beaucoup les animaux d’élevage » et qui « éprouve depuis toujours un vif intérêt pour la pharmacopée traditionnelle africaine ». Donc, elle fonce !

La chercheuse à l'accueil du concours Ma thèse en 180 secondes

© Felix Imhof - CH-1020 Renens

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D’un combat à l’autre


Pendant 4 ans - de juin 2014 à juin 2018 -, la jeune biologiste ne compte pas ses heures. « J’ai réalisé un inventaire et une enquête pour évaluer la disponibilité des plantes étudiées, à Dori, une ville dans la région du Sahel, à 265 km au nord-est de Ouagadougou. En parallèle, j’ai mené des analyses biologiques in vitro et in vivo au laboratoire de physiologie animale de la capitale », détaille-t-elle. Un travail acharné qui a porté ses fruits : outre le 1er prix du concours « Ma thèse en 180 secondes » et la récompense de 1 500 euros associée –vécus comme « un appel à faire encore mieux » -,ses recherches lui ont valu pas moins de trois publications dans des revues internationales, dont la plus récente date de mai 2018(2).
Ceci dit, en dépit de toutes ces marques de reconnaissances, la jeune chercheuse doit encore se battre au quotidien pour se faire une place dans un environnement scientifique…très masculin. « Dans mon laboratoire, où je suis désormais attachée temporaire d’enseignement et de recherche, il n’y a que cinq femmes pour vingt hommes... », chiffre-t-elle. « La priorité de beaucoup de femmes ici est de fonder une famille ; or cela est souvent incompatible avec une carrière. Notamment parce que les conjoints n’encouragent pas dans ce sens », explique-t-elle. À celles qui souhaiteraient tout de même marcher dans ses pas, elle conseille « de travailler dur, et de se montrer persévérantes et courageuses. Car rien ne se gagne sans efforts ».
Son rêve d’avenir ? « Créer mon propre laboratoire de parasitologie à Ouagadougou, souffle-t-elle. Et surtout…faire partie des chercheuses battantes qui révolutionneront le monde. » Un idéal pour lequel elle semble bien partie.



Notes :
1. Projet financé également par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et l’ONG « African Initiatives for Relief and Development ».
2. Zabré Geneviève, Kabore Adama, Bayala Balé, Corrêa Spoto Patricia, Lemos Nascimento Leando, Niderkorn Vincent, Tamboura Hamadou Hamidou, Hoste Hervé, Louvandini Helder, Abdalla Luiz Adibe, In vitro rumen fermentation characteristics, methane production and rumen microbial community of two major Acacia species used in sahelian region of Burkina Faso, Tropical and Subtropical Agroecosystems ; mai-août 2018 ; 21 : 357 – 366.

Finale internationale 2018 de Ma thèse en 180 secondes