Marilyne Bonnet, souriante, sur un fond végétal, posant à côté d'un panneau indiquant "Epicentre"

Le Dr Maryline Bonnet, pneumologue et épidémiologiste, a reçu le prix Christophe Mérieux.

© Anca Vasiliu

Maryline Bonnet : de la médecine humanitaire à la recherche clinique

Mis à jour le 04.06.2019

Les scientifiques distingués par leurs pairs n’ont pas toujours un parcours académique classique… En l’occurrence celui de Maryline Bonnet, qui recevra le 5 juin prochain le prix Christophe Mérieux pour ses travaux au service de la lutte contre la tuberculose et le VIH, est plutôt atypique. Elle a commencé sa carrière comme pneumologue praticien, arpentant le monde pour soigner dans les régions où ces affections sévissent le plus, et n’est venue à la recherche que plus tard, pour répondre aux besoins diagnostiques et cliniques rencontrés sur le terrain.

La vocation et le sens pratique peuvent se compléter avantageusement. La première, Maryline Bonnet l’a rencontrée très tôt. « Je ne viens pas d’une famille de médecins comme nombre de mes confrères, mais j’ai su dès l’âge de sept ou huit ans que ce serait ma profession. » Elle suit le début de son cursus à la faculté de médecine de Grenoble, et le bon sens guide son choix de spécialité au moment de débuter l’internat à Toulouse : « Je voulais travailler dans les pays du Sud et donc me spécialiser en maladies infectieuses. Mais en plus, de façon pragmatique, je voulais pouvoir faire facilement des remplacements en France entre deux missions à l’étranger. » Elle opte donc pour la pneumologie, une des seules spécialités à remplir ces deux critères. « Le poumon est un filtre, et les maladies infectieuses occupent une place importante de la pneumologie. » De fait, elle acquiert sa spécialité au sein des services de maladies infectieuses et de pneumologie des CHU de Purpan et Rangueil à Toulouse.

Une soignante africaine, masque de tissus sur le visage, fait face à un patient assis de l'autre côté du bureau.

Une forte proportion des patients souffrant du VIH en Afrique australe, comme ici au Mozambique, sont co-infectés par la tuberculose.

© Pablo Garrigos/MSF

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Jeune interne au Rwanda

L’envie de servir là où on l’on a le plus besoin de ses compétences l’appelle très tôt. Toute jeune interne, elle prend une disponibilité pour se joindre à une mission de Médecins Sans Frontières au Rwanda, en plein génocide des Tutsis. Elle participe ensuite à plusieurs missions de médecine d’urgence. « Devenue pneumologue, je me suis logiquement intéressée à des pathologies pulmonaires infectieuses au Sud, comme la tuberculose, notamment dans le contexte d’infection VIH qu’elle accompagne très souvent. »

Au fil du temps et des missions menées, son expérience clinique et humanitaire se renforce, ses responsabilités aussi. « Entre 1998 et 2002, j’ai gravi les échelons de mon métier au sein de MSF, comme praticienne sur les projets de prise en charge de la tuberculose d’abord, comme coordinatrice de ces projets ensuite, puis référent technique. » Ses missions l’appellent dans les pays où la tuberculose et la résistance aux traitements sont des problèmes épidémiologiques majeurs : en Géorgie, Arménie puis Russie.

Maryline Bonnet pose en pied, sur fond végétal, souriante, à côté d'un panneau indiquant "Epicentre".

Le Dr Marilyne Bonnet, spécialiste de la tuberculose et des coinfections tuberculose-VIH, est distinguée par le prix Christophe Mérieux 2019

© Anca Vasiliu

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Vers l’épidémiologie opérationnelle

Confrontée aux limites criantes des outils de diagnostic et de traitements de ces maladies de déshérités, elle s’oriente alors vers la recherche opérationnelle. « J’avais une bonne connaissance des enjeux cliniques autour de la tuberculose et des bases en épidémiologie, j’ai donc rejoint Epicentre, le centre de recherche épidémiologique de MSF. » Comme elle ne fait pas les choses à moitié, elle mène tout à la fois des travaux sur la possibilité de mieux administrer les antituberculeux et les antirétroviraux dans la coïnfection tuberculose-VIH, sur l’amélioration des techniques de diagnostics de la tuberculose, et entreprend une thèse en santé publique à l’Institut Pasteur de Paris autour de la thématique du diagnostic de la tuberculose1. Concrètement, ces recherches aboutissent à des évolutions des outils diagnostiques pour les hôpitaux et centres de santé primaire du Sud?structures moins bien équipées pour le diagnostic que les hôpitaux régionaux ou nationaux, où se présente la plupart des patients tuberculeux. Ses travaux permettent aussi d’établir les nouvelles recommandations de l’OMS sur l’optimisation du diagnostic microscopique de la tuberculose pulmonaire au Kenya et sur l’usage des antirétroviraux chez les patients co-infectés par la tuberculose et le VIH (essai ANRS Carinemo2). Elle participe aussi à des essais thérapeutiques visant à optimiser les posologies des traitements antituberculeux afin de réduire la durée du traitement et d’en améliorer l’observance. « Avec l’essai Rifshort?financé par le Medical Research Council et le Wellcome Trust , actuellement en cours en Ouganda, nous essayons de montrer que l’on peut avantageusement diminuer de six à quatre mois la durée des traitements en doublant, voire triplant, la posologie de la rifampicine, médicament majeur du traitement de la tuberculose. » 

Un laborantin africain, en blouse blanche, fait un examen au microscope.

L’amélioration des techniques de diagnostic de la tuberculose par microscopie profite aux structures de santé provinciales, ne disposant pas d’équipements sophistiqués.

© Luca Sola

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Au service des capacités scientifiques

En 2013, elle rejoint l’unité TransVIHMI de l’IRD en tant que directeur de recherches et part en accueil dans la base de recherche d’Epicentre à Mbarara en Ouganda en septembre 2014. Elle contribue à développer des projets de recherche multicentriques (dans plusieurs lieux) entre l’Ouganda et le Cameroun notamment, où les scientifiques de l’unité TransVIHMI sont déjà très impliqués dans les recherches sur le VIH. « Avec l’essai ANRS Statis, en Ouganda, nous avons évalué différentes approches de prise en charge de la tuberculose chez les patients au stade avancé de l’infection VIH. » En parallèle, elle co-coordonne pour l’lRD - avec l’université de Bordeaux et l’université de Makerere, en Ouganda - un important projet, sur sept pays en Afrique subsaharienne et Asie du Sud-Est, visant à améliorer le diagnostic de la tuberculose chez les enfants (projet TB-Speed financé par UNITAID et l’initiative 5%3). En effet, sur un million de cas de tuberculose pédiatrique estimés par l’OMS, moins de la moitié ont accès au traitement. En cause, les difficultés à diagnostiquer cette affection chez l’enfant et l’absence de dépistage et de prévention chez ceux vivant au contact d’adultes malades dans les pays à forte prévalence de tuberculose. « Nous avons d’ores et déjà montré l’intérêt de mettre sous traitement antituberculeux prophylactique les enfants vivant avec des adultes souffrant de la tuberculose. Ce faisant, aucun ne développe plus la maladie. » À terme, les recherches vont aussi explorer l’intérêt d’une prise en charge des enfants à domicile, plutôt qu’à l’hôpital où on ne les conduit pas toujours quand c’est nécessaire, pour améliorer l’accès à ces traitements préventifs.

Enfin, et c’est significatif dans le cadre du prix Christophe Mérieux qui encourage le développement des capacités de recherche sur les maladies infectieuses au Sud, elle consacre une bonne partie de ses activités à transmettre, en enseignant à l’Université de Science et Technologie de Mbarara (MUST) dans le cadre du Master de Santé Publique et en encadrant les travaux de doctorants en Ouganda. « Nous avons des équipes scientifiques ougandaises et camerounaises toujours plus robustes, c’est un bon pari sur l’avenir ! »

Un prix sur mesure pour l’IRD

Le prix Christophe Mérieux, décerné par la Fondation Christophe et Rodolphe Mérieux de l’Institut de France est destiné à aider la recherche sur les maladies infectieuses dans les pays en développement. Il récompense de façon exclusive des équipes de recherche travaillant de manière permanente sur le terrain dans ces pays. Il est doté de 500 000 euros, réparti de la manière suivante : 100 000 euros pour récompenser, à titre personnel, le lauréat responsable de l’équipe et 400 000 euros pour financer le développement des recherches de l’équipe.

 

 


Notes : 

1. Sous la direction du Professeur Arnaud Fontanet

2. Carinemo. Essai clinique comparant la trithérapie antirétrovirale à base de névirapine – molécule sans effet tératogène - à celle avec efavirenz - la molécule habituellement recommandée -, pour le traitement des patients infectés par le VIH, en cours de traitement antituberculeux avec rifampicine. Sans établir l’équivalence de la première molécule antirétrovirale testée, l’essai a abouti néanmoins à recommander son usage chez les femmes en âge de procréer sans couverture contraceptive.

3. L’Initiative 5% est la deuxième modalité de contribution de la France au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme 

 


Publications :

Margaret Nansumba, Elias Kumbakumba, Patrick Orikiriza, Yolanda Muller, Fabienne Nackers, Pierre Debeaudrap, Yap Boum, Maryline Bonnet, Detection Yield and Tolerability of String Test for Diagnosis of Childhood Intrathoracic Tuberculosis, Pediatr Infectious Diseases Journal, 1 février 2016 ; doi: 10.1097/INF.0000000000000956

Andrew Ramsay, Willie Githui, Laramie Gagnidze, Francis Varaine, Philippe J. Guerin,  Bleach sedimentation: an opportunity to optimize smear microscopy for tuberculosis diagnosis in settings of high prevalence of HIV, Clinical Infectious Diseases, 1 juin 2008 ; doi : 10.1086/587891

Maryline Bonnet, Nilesh Bhatt, Elisabeth Baudin, Carlota Silva, Christophe Michon, Anne-Marie Taburet, Laura Ciaffi, Agnès Sobry, Rui Bastos, Elizabete Nunes, Christine Rouzioux, Ilesh Jani, Alexandra Calmy, Nevirapine versus efavirenz for patients co-infected with HIV and tuberculosis: a randomised non-inferiority trial, The Lancet Infectious Diseases, 13 avril 2013 ; doi : 10.1016/S1473-3099(13)70007-0

 


Contact : Maryline Bonnet