Bateaux utilisés pour la pêche au lamparo (tubes fluorescents ou lampe à incandescence

Adapter les activités de pêche à la richesse en nutriments des eaux du Sud Vietnam ? Une possibilité offerte par une meilleure compréhension de la variabilité de ce paramètre.

© IRD/Hubert Bataille

Vent d'été et imprévisibles vortex au Sud Vietnam

Mis à jour le 05.11.2019

Des simulations menées en mer de Chine méridionale ont permis d’identifier les facteurs majeurs influençant la remontée de masses d’eaux profondes et riches en nutriments, propices à la pêche.

L’ « upwelling » - ou remontée d’eau, en français - est un phénomène naturel propre à de nombreuses régions côtières. « Les vents soufflant le long des côtes font remonter en surface les eaux profondes riches en nutriments, créant des zones propices à la photosynthèse. On y trouve des concentrations importantes de phytoplancton, lesquelles favorisent la présence de poissons. Ces zones sont généralement connues pour leurs activités halieutiques, explique Marine Herrmann, du Laboratoire d’Études en Géophysique et Océanographie Spatiales (LEGOS), à l’IRD. Parmi celles-ci, la mer de Chine du Sud, où se développe de façon estivale l’upwelling du Sud Vietnam. « Celui-ci montre une très grande variabilité : il ne se développe par exemple pas certaines années et la zone impactée et la durée de l’upwelling peuvent varier d’un facteur 10 d’une année à l’autre », poursuit la spécialiste.

Des données plus fines, sur plus longtemps

Confrontée à ces observations, une équipe de chercheurs du LEGOS, de l’Université des Sciences et Technologies de Hanoi (USTH) et de l’Université des sciences de Hanoï de l’Université nationale du Vietnam (VNU-HUS), collaborant au sein du laboratoire mixte international (LMI) LOTUS, a cherché à quantifier l’importance des différents facteurs impliqués dans la survenue de cet upwelling, ainsi que dans sa variabilité. « Seules des hypothèses avaient été formulées : les études menées jusque-là présentaient soit un problème de couverture spatiale, avec par exemple une trop faible résolution, soit un problème de couverture temporelle, avec des données disponibles limitées dans le temps », précise Marine Herrmann. Les simulations réalisées par la chercheuse et ses collègues ont donc cette fois-ci porté sur une période de 15 ans, et étaient fondées sur une résolution plus fine (un maillage de 8 km), permettant d’observer les phénomènes en jeu à très fine échelle.

© Nguyen DAC Ha et al. JGR Oceans, 124, 6545– 6574

Rotationnel du vent estival (a), intensité de l’upwelling (b) et élévation de la surface (c) lors des étés 2000 et 2002.

Rotationnel du vent estival (a), intensité de l’upwelling (b) et élévation de la surface (c) -  une élévation négative correspond à une circulation cyclonique - lors des étés 2000 et 2002 dans la simulation de référence.

Les flèches correspondent au courant de surface estival moyen.

Ces deux années illustrent l’impact de la circulation de méso-échelle : en 2000, le vent et son rotationnel sont plus faibles qu’en 2002 (a), mais la présence d’un tourbillon cyclonique intense et bien centré dans la zone de rotationnel positif en 2000 (c) conduit à un upwelling plus fort (b).

Quand le souffle le vent d'été

Parmi les conclusions tirées, la confirmation que le vent estival, qui provoque la remontée des eaux profondes, est le principal contributeur à l’upwelling. Le phénomène ENSO, pour El Niño Southern Oscillation, s’est aussi révélé essentiel : les années où El Niño a été plus le fort, comme en 1998, sont aussi celles où il y a eu le moins de vent l’été suivant et où l’upwelling a été le plus faible. « Statistiquement nous avons confirmé et quantifié l’implication de ces deux facteurs dont nous soupçonnions déjà l’importance. La surprise est venue d’un autre facteur, la variabilité océanique interne, qui joue elle aussi un rôle majeur dans la variabilité interannuelle de l’upwelling », résume la chercheuse.

Imprévisibles vortex

Cette variabilité océanique interne correspond au fait que des tourbillons peuvent se développer de façon tout à fait imprévisible, et, selon leur position, leur force et leur intensité de rotation, renforcer ou au contraire annihiler l’effet de remontée des eaux profondes causées par les vents. « En comparant les simulations, nous avons découvert que la partie imprévisible de la variabilité interannuelle due à cet aspect chaotique représentait au moins 50 % de la variabilité totale, décrit Marine Herrmann. De ce fait, les prédictions restent très difficiles lorsqu’on cherche à déterminer l’ampleur de l’upwelling à venir. Et ce d’autant plus que les prévisions de vent à l’échelle saisonnière ne sont pas encore au point ». L’impact des rivières, dont les apports en eau douce du Mékong, sont en revanche secondaires.

À l’avenir, les chercheurs prévoient d’utiliser les projections climatiques atmosphériques régionales, dont ils commencent tout juste à disposer via le groupe de travail Cordex-SEA Cordex-SEA : Programme de production de scénarios climatiques régionaux à partir des données globales du GIEC. SEA pour Sud-Est asiatique1, afin d’examiner l’impact du changement climatique sur cet upwelling. Les scientifiques travaillent aussi à améliorer la compréhension des processus en jeu à de très fines échelles, de l’ordre du kilomètre, et la connaissance de l’influence de l’upwelling et de sa variabilité sur l’écosystème marin. « L’idée, outre les aspects scientifiques, sera de participer à l’estimation de l’importance des activités halieutiques à venir – et de fournir des éléments pour les gestionnaires de l’environnement et les pêcheurs leur permettant, les années où les stocks de poissons viendraient à décroître, d’adapter et éventuellement diversifier leurs activités », conclut la scientifique.