Les pesticides permettent d’augmenter la production agricole mais ils provoquent aussi des effets indésirables sur l’environnement et la santé.

© Pascal Pineau

Pérou : alerte aux pesticides !

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Mis à jour le 10.01.2023

Exportateur de produits agricoles, le Pérou tolère l’usage des pesticides. Une étude menée par des scientifiques de l’IRD révèle des niveaux de contamination très élevés parmi les populations des Andes centrales du pays. Elle relie également les plus forts taux de contamination aux zones géographiques d’usage de ces produits.

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Le Pérou est le premier exportateur mondial de myrtilles, d’asperges fraîches, de bananes bio et de quinoa. Il tient le deuxième rang pour le café bio et les avocats. Si ces produits sont soumis à des strictes normes sanitaires par les pays importateurs, ce n’est pas le cas pour l’ensemble des produits destinés au marché national.  La population est encouragée par les autorités sanitaires à « manger cinq fruits et légumes par jour ». Pour maintenir de bons rendements dans leurs exploitations, les agriculteurs ont recours aux pesticides. Quels sont les risques associés ? « De nombreux articles montraient la contamination de l’environnement par ces produits, mais ce qui nous a interpellés, c’est que ces articles ne mesuraient pas l’exposition directe des êtres humains », explique Stéphane Bertani, biologiste moléculaire et co-auteur d’une récente étude qui a évalué la contamination dans les populations des Andes centrales du Pérou.

12 résidus de pesticides 

Les résultats sont alarmants comme le révèle le scientifique : « Nous avons été surpris par le nombre de pesticides et les quantités trouvés ! ». 

Classification des sujets péruviens en fonction des types de pesticides détectés : espace de vie rural ou urbain (anneau le plus extérieur), suivi vers l'intérieur par la contamination par des insecticides, des fongicides et des herbicides.

© J. Honles & C. Clisson et al.

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En effet, dans les prélèvements de cheveux réalisés, l’équipe a identifié en moyenne douze pesticides par individu. Pour comparaison, les prélèvements effectués en France et au Laos ont révélé la présence de trois et deux pesticides respectivement. La différence est encore plus grande au regard des quantités mesurées : 1 496 picogrammes (10-12 g) par milligramme de cheveu au Pérou contre 114 en France et 17 au Laos.

Ces résultats sont le fruit d’une campagne de terrain et d’analyses chimiques uniques. « Il a fallu choisir un équilibre entre le nombre de personnes sur lesquelles prélever des échantillons et le nombre de molécules à rechercher. Nous avons réalisé les prélèvements sur 50 personnes dont la moitié vit en ville et l’autre à la campagne. Nous y avons recherché 170 pesticides ou leurs métabolitesComposé issu de la dégradation d'un produit par le métabolisme. 170 molécules sur 50 personnes, c’est énorme », indique le biologiste. 


Une exposition rurale plus forte mais pas liée à l’eau

Les chercheurs ont également exploré le lien entre les lieux de vie et les niveaux de contamination. Jorge Honles, statisticien dans le Laboratoire mixte international Laboratoire d’oncologie anthropologique moléculaire et infections oncogènes (LMI LOAM) et premier auteur de l’étude, explique la méthode originale employée : « Nous avons réalisé une carte avec, d’une part, les données géographiques où vivaient les personnes de notre échantillon et, d’autre part, les données de densité d’utilisation des pesticides. À l’aide d’un algorithme, nous avons établi une correspondance entre l’intensité de la contamination et l’usage des pesticides. Et c’est en milieu rural que l’exposition est la plus forte, révèle Jorge Honles. Le risque majeur d’exposition aux pesticides serait dû à l’ingestion d’aliments récoltés directement dans les champs sans avoir subi une décontamination efficace telle que le lavage à l'eau ou le trempage dans des solutions salines. » 

D’après le recensement agricole de 2012, 88% des agriculteurs péruviens utilisent régulièrement des pesticides.

© Pascal Pineau

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La publication questionne sur les précédentes études sur la contamination par les pesticides au Pérou. « Les travaux antérieurs indiquaient surtout une contamination à travers des sources d'eau, c’est-à-dire une contamination diffuse. Or, les cartes que nous avons obtenues suggèrent que le paramètre “eau” n’aurait pas directement d’incidence », souligne le statisticien.

Cette publication est une première alerte sur les effets possibles sur la santé des populations. Certains des pesticides sont en effet liés à un risque cancérigène. Les scientifiques s’interrogent également sur la nature des pesticides identifiés : certains sont en effet interdits de longue date. « Une lente biodégradabilité peut entrer en jeu pour ceux dont l’interdiction est récente, commente Stéphane Bertani. Certains sont cependant prohibés depuis plusieurs décennies, il s’agit plus certainement d’un usage non autorisé. » Cette étude montre le caractère essentiel de la recherche pour enrichir les connaissances sur le sujet de la contamination des populations par les pesticides et conseiller les décideurs afin de prendre des mesures de santé publique qui soient éclairées par les faits scientifiques.