Valentine Meunier, à droite, et sa directrice de thèse, Fanny Houlbrèque, prélèvent des coraux en Papouasie-Nouvelle Guinée pour étudier leur nutrition face à l'acidification des océans.

© Tom Schlesinger

Valentine Meunier : un espoir pour le corail menacé

Mis à jour le 19.10.2020

En 2018, Valentine Meunier a mis le cap sur la Nouvelle-Calédonie pour en étudier les coraux. Bien lui en a pris ! Ses travaux de thèse viennent de lui valoir d’être lauréate du prix L’Oréal-Unesco Jeune Talent Pour les Femmes et la Science 2020. La jeune biologiste a mis en évidence les raisons de la plus forte résistance du corail de cette région ultramarine à la hausse des températures et à l’acidification des eaux océaniques. Une piste à explorer pour protéger les récifs coralliens menacés dans le monde entier.

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Les récifs coralliens sont le refuge de nombreuses espèces animales et végétales. Une richesse dont tirent profit les populations humaines grâce notamment aux activités de pêche et au tourisme. Malheureusement, ces écosystèmes sont en danger. Le changement climatique entraîne une hausse des températures et une acidification des eaux océaniques.

La jeune chercheuse examine un corail de l'espèce Acropora.

© Fondation L’Oréal

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Ces bouleversements mènent au blanchissement et souvent à la mort des coraux. Un phénomène de résistance a cependant été observé sur la barrière de corail de Nouvelle-Calédonie, second récif corallien le plus long du monde avec ses 1 600 km, après celui d’Australie et ses 2 000 km. Valentine Meunier en a fait l’objet de ses recherches de thèse et en a révélé les mécanismes. Ces résultats pourraient ouvrir sur des solutions de protection de ces fragiles niches écologiques.

Un parcours sous et ultra-marin

Rien ne prédestinait Valentine Meunier à venir étudier les rivages néo-calédoniens. Si elle est bien née au bord d’une mer – la Méditerranée –, elle est arrivée à la capitale à l’âge de trois mois. Ce n’est sûrement pas Paris Plages, ni les activités d’intermittents du spectacle parentales qui ont été à l’origine de son attraction pour les océans. « À 13 ans, j’ai eu la chance de faire un voyage en famille à Djibouti, raconte la scientifique. J’y ai effectué mes toutes premières plongées. C’était pendant la saison de reproduction des requins-baleines. Mais j’ai surtout été subjuguée par les coraux, aux formes et aux couleurs magnifiques. Depuis ce jour, je me suis dit qu’il fallait que j’exerce un métier autour de cet animal complexe. »

Plongée en Papouasie-Nouvelle Guinée où température et de taux d'acidification sont similaires à ceux prévus à la fin du siècle dans le reste des océans

© Tom Schlesinger

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Suivant sa vocation, Valentine Meunier décroche en 2017 un Master Biologie intégrative et physiologie, spécialité Biologie et Bioressources Marines à l’université Pierre et Marie Curie (Paris VI). L’année suivante, elle intègre l’unité mixte de recherche (UMR) Entropie à Nouméa pour débuter son doctorat en collaboration avec l’Institut Méditerranéen d’Océanologie (MIO) à Marseille. Le sujet de sa thèse : comprendre les interactions entre les coraux et le microplancton dans le contexte du changement climatiqueDans le cadre du programme ANR CARIOCA, porté par Riccardo Rodolfo-Metalpa, UMR Entropie1. Plongeuse aguerrie depuis par différents séjours en Indonésie, au Cambodge ou encore en Malaisie, la scientifique mène de nombreuses campagnes de prélèvement et d’observation dans les eaux de Nouvelle-Calédonie ainsi que de Papouasie Nouvelle-Guinée. Dans cette dernière zone, les conditions de température et de taux de dioxyde de carbone sont similaires à celles prévues à la fin du siècle dans le reste des océans.

Le corail varie son menu

En 2019, la scientifique démontre que les coraux Stylophora pistillata et Pocillopora damicornis, deux espèces de coraux très abondantes dans le monde et bien représentées en Nouvelle-Calédonie, s’avèrent plus résistant à la hausse de la température des océans en présence d’une plus forte concentration de certains planctons diazotrophesCyanobactéries capables de fixer le diazote atmosphérique (N2) dissous dans la couche de surface de l’océan - , telle celle rencontrée dans les eaux de Nouvelle-Calédonie.

Valentine vérifie la température des aquariums dans lesquels elle teste l'influence de trois régimes alimentaires sur la résistance des coraux à une élévation de température.

© IRD - Jean-Michel Boré

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En période de stress, les coraux blanchissent en perdant leurs algues symbiotiques (les zooxanthelles) qu’ils abritent et qui leur fournissent de l’énergie et des nutriments. Pour se nourrir, ces bâtisseurs de récifs  consomment également du plancton diazotrophe. Valentine Meunier a ainsi prouvé que les coraux blanchis compensent la baisse des apports en azote provoquée par la perte de leurs zooxanthelles par une plus grande consommation du plancton diazotrophe. Ces résultats obtenus en laboratoire laissent entrevoir un espoir pour la sauvegarde des coraux. C’est ce que le jury du prix L’Oréal-Unesco Jeune Talent Pour les Femmes et la Science 2020 salue. « Ce prix représente une grande reconnaissance et valorisation de mon travail de thèse », commente Valentine Meunier. Il est aussi un beau tremplin qui devrait lui ouvrir de nouvelles perspectives comme l’envisage la jeune doctorante : « Je vais avoir la chance de suivre des formations importantes, visiter des laboratoires dans d'autres pays et acquérir des outils plus performants. Participer à des congrès qui vont me permettre de rencontrer les plus grands chercheurs spécialistes de mon domaine d'étude. Dans le métier que je fais, c'est essentiel de partager et collaborer. »


 


     

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    Retrouvez Valentine Meunier dans un extrait de la vidéo Secrets de santé des coraux de Nouvelle-Calédonie, réalisée par Jean-Michel Boré - IRD, octobre 2020

    • Valentine Meunier , ENTROPIE (IRD/CNRS/Université de La Réunion/Ifremer/Université de la Nouvelle-Calédonie)

    • Le blanchissement des coraux force leur hétérotrophie vers les diazotrophes et Synechococcus

      Valentine Meunier, Sophie Bonnet, Mathieu Pernice, Mar Benavides, Anne Lorrain, Olivier Grosso, Christophe Lambert & Fanny Houlbrèque, Bleaching forces coral’s heterotrophy on diazotrophs and Synechococcus, The ISME Journal, 27 juin 2019

    • Pascal Nguyên